Sobrena – Espoir II

Article paru dans le Ouest-France du 11-11-2011.

L’artiste peintre a commencé jeudi, un oeuvre éphémère sur l’étrave. Une autre manière d’attirer l’attention sur les difficultés du chantier naval.

« Pourquoi tu ne lui fais pas des yeux au soudeur ? » Chacun sa partie, le peintre Râmine préfère que le jaune du bateau se reflète dans le masque du personnage qu’il vient de créer sur la coque de l’Espoir II, place de la Liberté. De sa propre initiative, le peintre a commencé son oeuvre jeudi matin sur l’étrave de la Sobrena. « Je rêvais d’une coque rouillée de bateau comme support. Je suis comblé. » L’artiste brestois fait dans la récup’. « Je n’utilise que des fonds de pots d’acrylique comme le faisaient les pêcheurs d’autrefois pour repeindre les volets de leur maison. »

Râmine a donné ses premiers coups de pinceau matinaux dans la solitude de la coque. Avant l’arrivée, un peu plus tard, des hommes du chantier naval. « Je voulais tester le support à l’abri des regards. C’était trempé à l’intérieur mais la peinture a tenu. »

Bleu de travail

Au cours de la journée, les personnages ont pris corps. Des soudeurs, caréneurs, tuyauteurs… harnachés dans leurs équipements de chantier. Les sujets, à dominante bleu de travail « crèvent l’écran ». Du haut de leurs trois mètres, ils produisent un effet puissant. « Cela fait trois semaines que je tourne autour de la Sobrena, confie Râmine, et comme je ne sais rien faire d’autre que peindre, je m’y suis mis. »

Pour l’artiste, il s’agit d’interpeller le public sur « les compétences » qui existent sur Brest en matière de réparation navale. « Je contribue à mon modeste niveau, à faire parler de problème brestois. C’est quand même aberrant que dans un pays comme la France, qui prétend avoir une position dans le monde, on fabrique des bateaux en Corée et qu’on aille les réparer en Inde ou ailleurs ».

« Il taquine »

L’art comme vecteur de solidarité, ce n’est pas une première pour Râmine. On se souvient des toiles mises aux enchères par le peintre en 2010, au profit de Claude Foko, marin camerounais abandonné au port sur un bateau poubelle pendant dix-huit mois.

Sur l‘Espoir II, Râmine sait depuis le départ, que ses fresques seront « éphémères ». Puisque les sujets vont être sablés et recouverts d’une peinture anticorrosion. « Ce qui ne doit pas disparaître, c’est l’avenir de la Sobrena. » Tandis que le peintre s’affaire, les hommes du chantier remettent en place l’hélice de l’étrave qui a été rallongée. Le public présent, se déplace d’un bord à l’autre, emmagasinant photos et vidéos.

« Ça va peut-être aider les gens à mieux nous comprendre », commente un gars du chantier. La plastique convainc les intéressés. « C’est plutôt bien, il taquine. » D’autres temps forts sont annoncés autour de l’Espoir II. « On attend la venue de Daniel Mermet de France Inter ». Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de gauche à la présidentielle, a aussi prévu de venir sur place. En attendant, Râmine n’a pas encore signé ses fresques. En revanche, Totof, Harold, Chouchou, Freddy et les autres ont écrit leur nom sur l’étrave.

Françoise LE BORGNE.

A bord de la Belle Poule, de Savannah à New York, 2012 L’hydravion et le batophare